Une réforme qui fait débat
Comme toute réforme, celle du permis de conduire fait débat parmi les professionnels du secteur. Assurance Auto.fr revient pour vous sur les pour et les contre.
Les contre
Le simple fait de refondre l'examen du permis de conduire pour en faire un bilan de compétences plutôt qu'un décompte d'erreurs inquiète d'emblée les syndicats qui y voient un risque de subjectivité et donc de disparités dans les notes attribuées par les examinateurs. De plus, le cadre de travail serait, selon eux, trop flou. Pire, ils semblent même remettre en cause l'utilité de cette réforme puisque à les écouter, la forme change mais pas le fond ce qui ne garantie absolument pas au gouvernement d'atteindre ses objectifs en ce qui concerne le taux de réussite à l'examen.
Autre point de débat, l'itinéraire. Pour les professionnels du secteur, les candidats, stressés par l'examen, risquent d'être déboussolés et de ne pas réussir à se concentrer ou à chercher les directions. Aussi, si l'examinateur n'intervient que pour donner la destination finale au candidat, les embouteillages pourraient perturber l'épreuve dans les grandes villes.
D'autre part, on peut se demander comment l'examinateur du permis de conduire fera pour évaluer le candidat sur autoroute ou hors agglomération s'il n'a pas la possibilité de l'inciter à suivre tel ou tel itinéraire.
L'analyse des erreurs a également déclenché une levée de boucliers parmi les professionnels pour qui cette nouvelle épreuve pourrait constituer une remise en cause des résultats différés lesquels sont destinés à assurer la sécurité des examinateurs face aux candidats mécontents.
Les pour
Mais tout n'est pas noir dans la nouvelle grille de notation du permis de conduire. Au contraire, de nombreux points positifs se dégagent.
Grâce au bilan de compétences, ce sont désormais les acquis du candidat qui seront évalués et non plus ses erreurs ce qui d'un point de vue pédagogique est nettement plus valorisant. De plus, un bilan de compétences permettra à un candidat ajourné de travailler ses axes de progression au niveau comportemental plutôt que de se répéter comme un écolier qui aurait mal appris sa leçon : « il faut que je pense aux priorités à droite, il faut que je pense aux priorités à droite, je dois penser aux priorités à droite ».
Grâce à l'éco-conduite et à l'analyse des situations, le candidat pourra compenser une partie de ses erreurs jusqu'à la dernière seconde de l'examen. Sauf faute grave, les candidats resteront donc impliqués dans leur conduite jusqu'au terme de l'examen là où beaucoup baissent les bras après cinq minutes suite à un clignotant oublié. Par ailleurs, le point bonus lié à l'éco-conduite fera certainement autant pour sensibiliser les futurs automobilistes à l'éco-responsabilité que pas mal d'autres mesures prises jusqu'ici.
En ayant un point d'arrivée à rejoindre et non plus un itinéraire à respecter scrupuleusement, le candidat au permis de conduire ne se sentira plus infantilisé mais au contraire valorisé dans ses prises d'initiatives. D'autre part s'il n'est pas impossible que certains candidats cèdent au stress, il est probable que beaucoup n'en seront que plus concentrés sur la route voire même plus détendus puisque si l'examinateur intervient moins, ils pourront se relaxer et oublier qu'ils passent un examen.
Les zones d'ombre
Outre les points positifs et les points négatifs, quelques zones d'ombres demeurent quant à la réforme du permis de conduire.
Les 1350 inspecteurs du permis de conduire devraient être formés de décembre à mars par huit formateurs à raison de deux jours de formation par inspecteur. Cela sera-t-il suffisant pour une mise en place de la nouvelle grille de notation le 1er avril 2010 ? Les premiers candidats à l'obtention du nouveau permis de conduire ne risquent-t-ils pas de payer les pots cassés ? Quoi qu'il en soit, le nouveau permis de conduire et sa grille de notation flambant neuve seront testés à 600 reprises dans six départements d'ici la mi-octobre.
Autre zone d'ombre, les fautes éliminatoires. Si le décompte d'erreurs va disparaître, les fautes éliminatoires demeurent mais pour l'instant, exception faite de la consommation d'alcool ou de stupéfiants, on ne sait pas lesquelles.
On peut aussi se demander pourquoi le gouvernement cherche à augmenter le taux de réussite au permis du conduire en facilitant indirectement ses conditions d'obtention alors qu'il n'a de cesse de renforcer la sécurité routière, les sanctions prises contre les automobilistes ainsi que les contrôles ? Est-ce vraiment une bonne idée que de mettre plus de jeunes conducteurs sur la route ?
Enfin, dernière inconnue, les contrats d'assurance voiture. On sait combien il déjà est difficile pour un jeune conducteur de s'assurer à des conditions avantageuses. On est donc en droit de se demander si les assureurs ne vont pas augmenter leurs tarifs d'assurance auto en prétextant un permis de conduire trop facile à décrocher.
© Assurance Auto.fr - Jonathan RODRIGUEZ – octobre 2009